Le 28 août dernier se tenait au centre communautaire Lucien-Borne le premier de douze ateliers philosophiques dirigés par l’association humaniste Nouvelle Acropole. Une secte pour certains, elle se présente plutôt comme une école de philosophie à la manière classique oeuvrant dans plus de 50 pays et promouvant la philosophie, la culture et le volontariat.

L’amour des différences, la connaissance de soi, l’âme, les philosophies d’Occident et d’Orient, le sens de la vie, la sagesse et l’emprise monétaire et des apparences font partie des thèmes abordés. Lorsqu’un auditeur demande « Qu’est-ce que l’âme ? », la dame qui anime la séance répond que « l’on peut en débattre intellectuellement. Quand on entre dans une pièce, par exemple, où on rencontre une personne, on va dire ça a de l’âme, ça a de la vie, ça a une profondeur, du sentiment, ça a une qualité d’être ». Elle ajoute qu’elle n’essaie pas de convaincre, que Nouvelle Acropole ne vise pas les débats intellectuels et que ce cours se veut complémentaire à la formation philosophique universitaire.

Ce soir-là, une intervention antisecte était prévue par un groupe formé pour la plupart d’étudiants. Ces derniers n’en sont pas à leur première action contre Nouvelle Acropole. Ils distribuent du matériel visant à sensibiliser les nouveaux venus près de l’accueil, mais ne bloquent pas le chemin, leur but n’étant pas de perturber ou d’annuler l’activité. Ils sont conscients que la loi interdit ce genre de sollicitation. Un homme dans la cinquantaine attendait visiblement le groupe, caméra en main. Selon le chef de l’intervention, il s’agit de Denis Bricnet, directeur fondateur de la branche canadienne, qui cherche à les intimider. Il souligne que l’organisme a aussi réagi en produisant des prospectus similaires aux leurs dont la mise en page a été calquée et les textes remplacés par leur publicité.

Nouvelle Acropole a été fondée en 1957 par l’Argentin Jorge Ángel Livraga Rizzi. Un site expose nombre des actions caritatives réalisées dans le monde par ses volontaires. Il déclare « qu’en 37 ans d’existence en France, l’association n’a fait l’objet d’aucune plainte ». M. Alain Bouchard, chargé de cours à la faculté de théologie et des sciences religieuses de l’Université Laval et professeur en sciences des religions au Cégep de Sainte-Foy, estime également qu’il ne s’agit pas d’une secte.

Le site d’information mis en place par le groupe antisecte révèle cependant des récits choquants. Le rapport parlementaire belge du 28 avril 1997 de la commission d’enquête sur les sectes concernant la Nouvelle Acropole, entre autres, fait état d’une hiérarchie interne décrite dans le Manuel du Dirigeant en 1976, s’apparentant à celle d’une organisation de type militaire. Dans ce même manuel, rédigé par Jorge Ángel Livraga Rizzi, il est écrit que « le dirigeant doit écraser les pleurnicheries de la personnalité et ériger en système la structure pyramidale : La structure, à créer, se nourrit d’hommes et les transforme en surhommes ». Ce dernier a indiqué, dans une lettre adressée à l’évêque de Salzbourg en octobre 1986, que le dit manuel n’est pas un document interne de la OINA ( Organisation Internationale de la Nouvelle Acropole ), mais des fragments de notes prises par des jeunes étudiants qui ne correspondent en aucune manière à l’esprit avec lequel il s’est exprimé verbalement dans les années 69/70.

Il est aussi cité que « Le mal, c’est la drogue, la pornographie, la violence, les voleurs et les homosexuels. Nous pensons que ces éléments peuvent détruire l’humanité. Si notre petit groupe veut garder sa pureté et sa force spirituelle, il ne peut accepter de drogués ou d’homosexuels en son sein. »

Nouvelle Acropole a déjà proposé des conférences en milieu scolaire, notamment au Cégep de Limoilou et au Cégep Garneau, et y a connu une résistance de la part d’étudiants et le scepticisme de professeurs de philosophie. Se rabattant sur un centre communautaire, le groupe antisecte ne juge pas plus acceptable qu’elle y tienne ses activités. Félix Gingras Genest explique qu’environ 50 personnes ont écrit aux conseillers municipaux de l’arrondissement, à la mairie et à la direction générale pour porter plainte. Il leur a été répondu que « ce n’est pas à la Ville de Québec de décider ce qui est bon ou pas bon pour la société » puisque l’organisation ne tient pas un discours public dans lequel elle encourage à la violence ou qui est contraire aux valeurs généralement admises dans la société québécoise.