Le professeur titulaire du Département de systèmes d’information organisationnels de l’Université Laval, Sehl Mellouli, a donné une conférence sur la participation citoyenne le 28 septembre dernier à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Avec l’aide d’Amal Marzouki et Zeineb Trabelsio, toutes deux étudiantes au doctorat en administration, il a développé un outil qui pourrait grandement aider les décideurs politiques au courant des prochaines années.

L’idée d’un logiciel recueillant les opinions citoyennes remonte à 2012. M. Mellouli avait alors donné une première conférence sur le gouvernement et les villes intelligentes, en compagnie de plusieurs chercheurs internationaux. En discutant avec de nombreux décideurs politiques, il s’était alors aperçu que ceux-ci étaient incapables de traiter toute l’information et les opinions de la population.

Pour illustrer son propos, l’enseignant fournit l’exemple de la gestion des ordures dans la ville de Québec. « Le maire avait publié un message sur Facebook pour inviter la population à donner leur opinion. Or, il était impossible de définir un modèle unique et homogène en lisant chacun de ces messages-là », dit-il.

C’est à ce moment précis qu’il a décidé de travailler sur un outil pouvant prendre en compte l’opinion de chacun lors d’une consultation citoyenne qui serait virtuelle, en ligne. Sa prémisse de base est simple : comment impliquer la société dans les décisions? « Il faut faire en sorte que les élus soient au courant de ce qui se passe dans leur région, dans leur ville », illustre celui qui est également directeur du Centre de recherche sur les communautés intelligentes (CeRCI) à Québec.

Vers une vraie implication citoyenne

Affirmant vouloir faire du gouvernement une entité plus ouverte, plus transparente et plus consultative, Sehl Mellouli tient toutefois à rappeler que plusieurs étapes demeurent préliminaires avant d’en arriver au produit final.

À l’ère du numérique, ce sont les médias sociaux qui sont utilisés afin de solliciter le public sur un sujet précis. La première étape passe donc par la sollicitation, afin de se tourner progressivement vers la participation. « Il est d’abord essentiel que les citoyens puissent donner leur opinion sur le sujet du processus participatif lié », ajoute-t-il, soulignant qu’il y a là un processus complexe à une époque où le cynisme politique est grandissant.

Ce sera ensuite aux décideurs de faire leur travail pour déterminer les besoins et les priorités de la population. C’est finalement l’implémentation qui changera la donne, au moment où la classe politique devra rendre compte de ses décisions. « Cette étape est cruciale, affirme le professeur. Les décideurs doivent expliquer les mesures prises à leurs citoyens de manière plus concrète. »

La mise sur pied

Ce n’est que dernièrement que M. Mellouli et son équipe de travail ont inauguré leur algorithme, un appareil qui permet « de savoir de quoi les gens parlent ». Il suffit d’entrer les messages Facebook, les tweets et tous les contenus se retrouvant sur le Web afin de faire ressortir les besoins des citoyens.

« On peut alors soulever des aspects positifs et négatifs de l’endroit ou de l’enjeu en question », note-t-il. Même s’il a été surtout question des décideurs politiques lors la conférence, on a notamment appris que l’outil pouvait être utilisé sur n’importe quel sujet et qu’il pourrait donc être profitable à différentes instances.

Présentes sur place, les étudiantes ayant participé au projet ont rappelé que tout n’était pas encore parfait. Bon nombre d’enjeux restent effectivement à travailler afin de faire de cet outil un appareil indispensable aux décideurs politiques. Problèmes éthiques, politiques officielles, citoyens, technologies et problèmes d’efficacité pourraient encore être peaufinés.

« En plus de la participation citoyenne et de la e-participation, il y a un travail de terrain qui doit être fait de la part des élus », souligne en ce sens M. Mellouli.

Après la conception, l’utilisation?

Même si l’outil est utilisé et permet de dégager des résultats tangibles, les élus ne l’ont toujours pas adopté au moment d’écrire ces lignes. Pour emmener la classe politique à prendre en compte l’opinion publique, Sehl Mellouli propose une marche à suivre bien spécifique.

Il s’agira de démontrer des résultats tangibles au politicien, pour ensuite le convaincre d’aller dans la direction des résultats démontrés, puis de faire en sorte que la société civile appuie les résultats. Selon lui, les deux premières étapes, complétées par la recherche scientifique, demeurent relativement faciles à accomplir. C’est la dernière étape, là où la population doit s’impliquer, qui est plus délicate afin de faire changer les choses.

Le Canada en retard pour la participation citoyenne

Alors que le Canada pouvait se revendiquer leader mondial en matière de technologies participatives au début des années 2000, aux dires du conférencier, cela n’est définitivement plus le cas aujourd’hui. Ailleurs dans le monde, le public est pourtant relativement impliqué dans la prise de décisions politiques.

En Estonie, en Australie, en Islande et en Nouvelle-Zélande, pour n’en nommer que quelques-uns, la participation citoyenne est omniprésente, puisque plusieurs lois soutiennent l’importance de la pluralité des voix.

À une époque où la population québécoise semble désabusée et même douteuse de la classe politique, l’utilisation par les décideurs de l’outil développé par l’équipe de Sehl Mellouli pourrait certainement aider l’État à redorer son image et ainsi se rapprocher de ses concitoyens.