Le NoShow – Un show-must-go-on à tout prix, présenté trois fois seulement lors de ce 14ième Carrefour international de théâtre, commence bien avant l’entrée en salle du spectateur. 

Cyril Schreiber

Celui-ci était en effet invité à passer au stand à hot-dogs installé devant le Théâtre Périscope. Ensuite, à donner le montant qu’il veut pour son billet, de 0 $ à 125 $. Devant lui, une fois dans la salle, se dresse une grande table et sept micros, comme si une conférence de presse allait avoir lieu. Il s’agit plutôt d’une assemblée générale extraordinaire, durant laquelle des acteurs vont réfléchir sur leur statut et leur métier.

On peut vraiment parler d’expérience dans le cas du NoShow, une production conjointement réalisée par Nous sommes ici (Alexandre Fecteau à la mise en scène) et le Théâtre du Bunker (Hubert Lemire, acteur et co-auteur avec les autres comédiens). Théâtre en direct, théâtre interactif, le spectacle est et sera unique chaque soir de représentation, puisque quatre acteurs sont choisis par le public via textos pour jouer quelques numéros de ce NoShow, tandis que trois autres feront la grève dehors et tenteront, entre autres, de convertir un non-initié au théâtre. Le tout est évidemment écrit en grande partie, mais l’improvisation, avec le public notamment, reste de mise.

Par cet objet théâtral non-identifié, Alexandre Fecteau et ceux qui l’entourent (Hubert Lemire, Francesca Bárcenas, François Bernier, Frédérique Bradet, Anne-Marie Côté, Éliot Laprise et Sophie Thibeault) voulaient vraiment réfléchir sur le geste d’aller au théâtre, la valeur d’un billet, le coût d’une pièce, d’autant plus que celle-ci a connu plusieurs versions et n’a pas été soutenue par beaucoup de subventions. Il y a un bon fond, tout à fait louable, une réflexion intéressante qui trouve ici ses balbutiements – il y aurait matière à pousser la question encore plus loin.

Malheureusement, Fecteau, porte-parole de ses collègues pour l’occasion, mais qui ne dit mot consent, a choisi le parti pris de l’humour, parfois vulgaire, parfois méprisant envers ceux qui ne sont pas du « bon côté », pour déployer sa réflexion, tout en ayant la fâcheuse habitude de ne pas assumer entièrement son propos (les acteurs ne se plaignent pas, mais…).

L’objectif du spectacle est alors un peu raté pour qui appréciera plus ou moins le caractère parfois dogmatique ou sectaire de cette vision du milieu. Le public, vendu d’avance, n’a pas hésité à rire à gorge déployée à cette comédie un peu longue, un peu trop broche-à-foin par moments, qui s’est terminé devant le Périscope par une bataille de guimauves – ça vous dit le niveau d’humour, franchement lourd par moments, qui dénature, détourne malheureusement un propos autrement intéressant.

Une expérience, donc, avec tout ce que cela comporte de bons coups et d’échecs. À faire vivre aux amoureux et aux réfractaires du théâtre, bien qu’il ne sera malheureusement vu majoritairement que par des convertis. Le NoShow ne devra pas oublier, s’il réussit à survivre grâce à quelque subvention tombée du ciel qui l’aiderait à renaître plus tard, qu’il a pour mission de ne pas s’adresser uniquement au cercle parfois fermé du théâtre, et que ce n’est pas en tirant à boulets rouges sur certaines autres classes sociales qu’il convaincra les non-initiés.

Quoi ? Le NoShow – Un show-must-go-on à tout prix
Qui ? Texte : François Bernier, Alexandre Fecteau, Hubert Lemire, Maxime Robin et les acteurs. Mise en scène : Alexandre Fecteau
 ? Théâtre Périscope
Quand ? Jeudi 6 et samedi 8 juin, 20h