La bande dessinée ne permet pas uniquement de se divertir, mais aussi de rester informé sur l’actualité internationale. Michel Giguère, bédéiste et professeur à la Maison Jaune, explique ce qu’est la BD documentaire et le pourquoi de son utilisation.

Contrairement aux journaux, la bande dessinée documentaire offre en peu de mots et avec de nombreuses images tout ce qu’il faut savoir sur l’actualité. Elle se fait dans l’optique de rendre compte d’une situation. Ce type de bande dessinée couvre l’actualité générale, de la politique aux conditions de vie des prisonniers, en passant par l’environnement et la vie des femmes. « C’est un médium qui peut parler de tout, sur tous les tons et de toutes les manières », mentionne Michel Giguère, qui prononcera une conférence sur le sujet dans le cadre des festivités de Québec en toutes lettres.

Selon ce dernier, la bande dessinée documentaire est « un passager clandestin à notre culture », car elle est méconnue du grand public et peu traitée dans les médias québécois. Ce genre de BD est similaire à un film ou à un livre documentaire, mais est agrémenté de dessins et parfois de photos. Celui-ci ne repose pas sur la fiction ni une histoire inventée, mais sur des faits réels.

Dénoncer par le dessin

Depuis quelques années, la bande dessinée permet de protester et de dénoncer des actes immoraux. Le viol, la guerre et la violence conjugale sont de plus en plus illustrés par ce médium. « La BD est moins susceptible d’aller trop loin que le reportage photo ou le reportage filmé. Ça reste du dessin, ça crée une distance et c’est moins cru et dérangeant. C’est moins risqué d’aborder des sujets sensibles », indique le bédéiste.

Maximilien Leroy, Faire le mur, éd. Casterman

Maximilien Leroy, Faire le mur, éd. Casterman

 

Par exemple, en novembre 2014 à Toulouse, dans le cadre de la Journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, le bédéiste Thomas Mathieu présentait Les Crocodiles. Cette bande dessinée traite du harcèlement, de la violence et du sexisme faits à l’égard des femmes. Elle a été réalisée à la suite de témoignages réels. Les mots utilisés y sont très crus : « salope », « pute », « chienne », tous employés par les crocodiles pour qualifier les femmes. L’ouvrage a fait rager les représentants de la ville qui l’ont trouvé vulgaire et déplacé. La publication lors de l’évènement a même été interdite à la suite de ce tollé.

Cependant, la bande dessinée ne traite pas uniquement de la violence et des conditions de vie des femmes. Elle parle de guerre ainsi que des conflits religieux et politiques. L’américain Joe Sacco est l’un des bédéistes les plus populaires aux États-Unis. Il parcourt le monde avec son calepin et son crayon pour gribouiller des réalités comme la Bande de Gaza et la Palestine.

Esquisser une vie

Sous la forme biographique, le médium peut aussi aborder des questions sensibles. La plus populaire est Maus, une autobiographie écrite et illustrée par l’américain Art Spiegelman qui raconte l’histoire de son père et sa mère juive ayant survécu à la dure réalité des camps de concentration et la vie à la sortie d’Auschwitz. Cette BD a remporté de nombreux prix, dont le meilleur album étranger au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême.

Michel Giguère prononcera une conférence sur le sujet le mercredi 14 octobre 19 h à la salle Gérard-Martin de la bibliothèque Gabrielle-Roy. Ayant pour thème « Témoigner, dénoncer : la bande dessinée documentaire », elle s’inscrit dans les festivités de Québec en toutes lettres.