Dans sa deuxième publication agréée du caché des Éditions La Peuplade parue le 12 septembre dernier,entreprend dans Une vie neuve un noble effort d’analyse de la société contemporaine québécoise sous la guidance des grandes étoiles littéraires de la France du XIXe siècle.  

Comme pour affermir l’influence des auteurs cités dans l’épigraphe, la première phrase décrochée par l’auteur dépeint d’un lyrisme proustien un crépuscule enflammé sur un Montréal pris en otage par les étudiants grévistes de 2012. Mise en situation initiale violente qui contraste dans un premier temps avec l’attitude calme et paternaliste de Philippe, avocat d’affaires et lobbyiste dans l’industrie des mines, protégé du haut d’un immeuble du quartier des affaires autant des tracas de sa situation familiale que de la masse révolutionnaire.

Sa tour d’ivoire est vite ébranlée par l’apparition de sa belle-fille qui secoue sa tranquillité d’esprit par l’évocation des moyens par lesquels elle donnerait cours à ses aspirations politiques. S’ensuit une discussion brossant le résultat du rassemblement des quatre récits constitutifs du roman, vécus dans la peau d’autres membres de la famille : une confrontation entre générations que tout oppose, sauf l’idéalisme lyrique des sujets de leurs passions.

Le ton de contestation et de révolte imprègne en grande partie les opinions exprimées par chacun des personnages. Les discours s’enfièvrent en révisant les événements politiques et sociaux marquants de l’histoire du Québec. L’auteur passe en revue la Révolution tranquille, le référendum de 1980, les manifestations étudiantes de 2012, à travers des perspectives éclatées par une division générationnelle. En dépassant les jugements repris sur ces sujets, faisant état des lieux des déceptions et des ambitions, se délivre la reconnaissance par l’auteur d’une préoccupante « impossibilité d’une littérature dans une province anonyme ».

Les limites de l’anticonformisme

Au-delà des opinions politiques intergénérationnelles, les récits sont enrichis de références culturelles faisant description superficielle du folklore national contemporain. Repassant les habitudes, figures et lieux publics du quotidien, tels Facebook, les Dead Obies, Radio Radio, Osheaga et les microbrasseries, parmi un tas d’autres références, l’auteur révèle un portrait sociologique timide de la génération Y.

Comme en connaissance de cause, l’auteur énonce les raisons des limites de son roman à travers une recommandation faite par l’un de ses personnages qui évoque l’absurdité de vouloir « essayer de tout dire en une fois » en ayant le « travers des jeunes poètes » qui sont « pressés de tout changer », évoquant peut-être aussi la vaste quantité de propos anticonformistes trop allumés et explicites.

Avec comme ambition de reproduire l’œuvre de Zola, dont le fantasme imprègne le modèle d’analyse de la société autour des membres d’une famille, ce roman est comme un avant-goût des capacités du jeune auteur qui pourrait sculpter une œuvre plus large, mieux cadencée et descriptive.

Certains passages brillamment écrits sont imprégnés par la réussite du réalisme. Des moments comme celui dans lequel fut rédigé cet article seraient des portraits de cet univers : une bière stratégiquement disposée à une courte distance de la main gauche, périlleusement proche de l’ordinateur, le corps vacillant épris par le groove maraboutant de Men I Trust, groupe montréalais en vogue, dans une buvette Saint-Rochienne dans laquelle certains aborigènes du quartier entretiennent des rituels d’amitié et de travail. L’esprit à moitié ailleurs, bien sûr, épris par les lueurs du crépuscule baignant l’espace de sa lumière dorée et des détonations électrisantes des notifications Facebook.