Impact Campus a rencontré Gabriel Marcoux-Chabot et son géant surnaturel de St-Nérée, Tas-d’roches. Un chef-d’œuvre bouleversant dont on attendait la venue avec impatience.

Certains filtrent des rivières à la recherche de pépites précieuses, d’autres préfèrent plutôt tourner des pages, mais la joyeuse secousse qui nous empoigne les tripes lorsqu’on tombe sur le trésor tant recherché est la même pour tous.

Après trois pages, vous afficherez un premier sourire bien fendu. Après quatre-vingts, vous aurez déjà éclaté de rire vingt fois et versé un huitième de larme. Seulement, à la place d’un caillou doré, vous tiendrez dans les mains cet autre bijou, à la fois brut et somptueux, cet espèce de merveilleux Tas-d’roches.

Nouveau monstre d’audace de quelques cinq-cents pages, Tas-d’roches n’est PAS la lourde brique aux expressions littéraires si abruptes que certains néophytes peineraient à mâcher, mais un gueuleton gargantuesque où tout un chacun peut plonger sans retenue afin d’y étancher sa soif et se remplir la panse à outrance.

En fait, l’œuvre est d’une telle richesse qu’elle mélange trois voix narratives différentes, inspirées autant de Rabelais, de Fred Pellerin que de James Joyce, s’articulant de concert dans une mise en forme aussi éclatée qu’amusante. Autrement dit, de la littérature comme il s’en fait de moins en moins, un joyau portant en son sein cette essence pure du partage et de l’ouverture sur le monde des possibles romanesques.

Et c’est précisément ce qu’en témoigne, en entrevue avec Impact Campus, son brillant et prolifique auteur, Gabriel Marcoux-Chabot. Étudiant au doctorat en études littéraires à l’Université Laval où il travaille également en tant que chargé de cours, éditeur de sa propre maison d’édition La nef des fous, chercheur, raconteur, rieur, bon buveur, sculpteur, père de deux enfants et fier militant maintes fois remarqué sous le masque de « Banane rebelle », Gabriel arrive à son lancement avec la démarche d’un homme accompli, sans aucune trace de complaisance.

Après sept années de travail acharné, l’écrivain pose ladite œuvre sur ses genoux avec un visage paisible, satisfait du travail achevé. « Dans cette œuvre, raconte-t-il, rien n’a été laissé au hasard. » Des néologismes du mécano de campagne aux blagues de branlettes sexistes de morveux prépubères, de la mise en page tarabiscotée rappelant le calligramme aux élans d’énumération d’arbres généalogiques québécois à n’en plus finir, le monde de Tas-d’roches est une terre de mots à ce point bêchée, labourée et retournée qu’on pourrait sans doute en lire et en relire l’histoire de tous les sens et les côtés, tout en y trouvant chaque fois un plaisir nouveau.

Photo : Alice Chiche

Photo : Alice Chiche

« Ce roman est un appel à l’ouverture, un hymne au dialogue et à l’ouverture d’esprit, où tu peux prendre juste ce que tu veux et laisser le reste derrière. Un peu comme une grosse boule de poignées de main tendue vers tout le monde », explique patiemment Marcoux-Chabot.

Quand il dit tout le monde, cela s’adresse autant au Québécois de St-Nérée, lieu culte du roman, qu’au peuple innu dont la poésie est également à l’honneur au fil de nombreux chapitres.

« Je voulais rejoindre les lecteurs par l’authenticité de mes personnages, qui, peu importe d’où ils viennent, font le choix de s’identifier à une terre et à une langue qu’ils ont choisies », ajoute-t-il. Or, ce n’est pas tant l’histoire du nationalisme québécois que celle de l’être humain en général qui a inspiré son œuvre, mais « plutôt l’idée que notre identité est une chose complexe et multiple, comme plusieurs cercles qui se croisent, pour former au centre un tout, un être à part entière. »

Concrètement, cet être, c’est Tas-d’roches, Chilien adopté par une famille de St-Nérée, là où « le ciel est plus clair qu’ailleurs, les femmes plus belles et les hommes plus larges et plus forts. » Terre d’accueil du champion de fond de rang, si grand et si gros « que celui qui lui [serre] la main à midi ne le [rencontre] qu’au soleil couchant ».

Ne reste finalement plus qu’à saisir cette poigne titanesque, ce chef-d’œuvre aussi remarquable que son auteur, qui, on le sent, n’a pas fini de nous en mettre plein la gueule.

Extrait

Ce considérant, il m’apparaît inutile de chercher à percer le secret de la braguette paternelle et, laissant à d’autres le soin de découvrir la graine qui ne fournit à Tas-d’roches que la première radicule, il me semble plus à propos de relier ce greffon à l’arbre légendaire des hommes forts et des géants, titans, escogriffes et grands calâbres qui, depuis Chalbroth et Prométhée jusqu’à Louis Cyr et Jos Montferrand, en passant par Surt, Mìmir et l’inestimable Ésimésac Gélinas, éclairent les hommes et les animent du feu de leur antique et subversive sagesse.