Victor, Vincent et Arnaud. Trois garçons, trois approches artistiques. Jeudi soir dernier, le trio exposait pour la première fois ses photographies au sous-sol du resto-bar Le Cercle, sous le thème Nightlife et lumières. Le point de départ d’un projet de plus grande ampleur.

« Cette soirée nous permet de lancer notre cabaret créatif, qui mélangera tous les supports : projections, visuels, vidéos, explique Vincent Bilodeau. C’est un projet auquel nous pensons tous les trois depuis cet été ». Ce soir, il explique en plaisantant avoir revêtu pour l’occasion, sa « chemise de fille » aux motifs hawaïens, achetée en friperie.

Avec Arnaud Vaillancourt et Victor Massicot, ils se sont rencontrés il y a deux ans au Cégep Limoilou. Vincent y étudie la communication, Victor et Arnaud le génie électrique, en option audiovisuel. C’est justement dans le cadre de son cours de photos qu’Arnaud a réalisé ses créations. « La plupart ont été prises dans le studio du Cégep ! J’ai voulu mettre en avant les petites lumières des consoles. »

Chemise hawaïenne et Jackson Pollock

Sur les photographies d’Arnaud, des trainées lumineuses multicolores se détachent sur fond noir, rappelant les projections de peinture désordonnées du peintre américain Jackson Pollock. Une référence revendiquée par Arnaud. « Toutes mes photos sont réfléchies, définies à l’avance. Ici, pour que les lignes de couleurs soient en mouvement, j’ai ralenti la vitesse de mon appareil photo et passé ma main devant ! J’essaie de capter des choses qu’on ne voit pas du premier coup. »

Pendant qu’Arnaud explique ses œuvres, ses proches et amis défilent pour le féliciter. Ce soir, sa chemise n’a pas de motifs hawaïens, comme celle de Vincent. Elle est sobre, blanche, et il garde par dessus sa veste noire, malgré la chaleur du sous-sol. Deux styles différents pour deux approches complémentaires de la photographie. La rigueur et la réflexion d’Arnaud face aux photos « sur le vif », plus instinctives de Vincent. D’un côté, des photos encadrées, soigneusement alignées et éclairées; de l’autre des clichés imprimés, posés pêle-mêle sur des chevalets.

« J’aime les reflets qui peuvent magnifier quelque chose d’anodin, explique Vincent en désignant les chevalets. Je prends souvent mes photos derrière des vitres, ou dans des flaques d’eau, pour capter ce changement. » Une approche qui demande du temps. « Parfois, dans l’après-midi, je prends 300 photos… pour n’en garder que cinq ! »

Mélanger les supports

Victor, le Français du trio, se reconnaît dans l’approche de son collègue. « Je suis dans l’instant, je me laisse porter par l’inspiration ! » Celle-ci survient à tout moment.

Ce soir-là, ses photos défilent sur un écran, plus par improvisation que par réflexion artistique. « En fait, je n’ai pas eu le temps de les imprimer, encore moins de les encadrer ! », avoue-t-il avec le sourire. Qu’importe, les trois amis ont emprunté un écran au cégep et l’ont installé face à des canapés pour une installation plus cinématographique.

Les premières fois ont ce goût de l’inachevé: la projection du film de Banksy ne se fera pas pour un problème technique, un projecteur défaillant éclaire par intermittence la photo centrale d’Arnaud, pour une vision épileptique hypnotisante… Des petits imprévus qui ajoutent au charme de ce collectif artistique naissant. Si celui-ci se cherche encore un nom, une chose est sûre: vous le retrouverez bientôt.