Lorsque s’activer intensément les neurones fait grimper le tour de taille et les risques de maladies cardiovasculaires ou pourquoi le travail mental exigeant devrait s’accompagner d’un travail physique tout aussi exigeant.

Maxime Bilodeau

Ceux qui fréquentent les bancs de l’université le savent : les années qu’ils y passent s’accompagnent d’un intense bouillonnement intellectuel. En effet, entre la nouvelle matière à assimiler, les innombrables travaux à remettre et les non moins nombreuses lectures à effectuer, leur matière grise est mise à rude épreuve. Mais à quel prix ?

C’est précisément à ce type de question que s’est intéressée Émilie Pérusse-Lachance dans le cadre de son doctorat en Kinésiologie effectué à l’Université Laval. Sa thèse, publiée en 2012, décrit en long et en large la capacité du travail mental à solliciter le système cardiovasculaire ainsi qu’à augmenter l’apport calorique chez des individus sains.

Rejointe au Département des sciences de l’activité physique de l’UQTR où elle occupe désormais le poste de professeure clinicienne, Mme Pérusse-Lachance souligne que « le travail mental exigeant correspond à ce que vous et moi faisons la majorité du temps lorsque nous travaillons devant notre ordinateur. »

Si des travaux passés relatent les effets du travail mental sur le système cardiovasculaire, nul n’a jusqu’alors expliqué les causes comme Mme Pérusse-Lachance. En effet, ses découvertes font état d’une réduction significative de l’activité du système nerveux parasympathique suite à des prouesses intellectuelles. Cette baisse de régime explique en partie la perturbation de la dynamique normale du système cardiovasculaire lors du travail mental. « C’est comme si le cœur devenait plus stiff » illustre la chercheuse. Heureusement, cet effet dangereux pour la santé cardiaque semble s’atténuer dès la cessation de l’effort mental.

En ce qui concerne l’augmentation de l’apport calorique en réponse au travail mental, les travaux de Mme Pérusse-Lachance viennent eux aussi nuancer des constatations faites antérieurement. Ainsi, si elle confirme que les hommes consomment moins de calories que les femmes à la suite d’une tâche mentalement accaparante, elle constate par ailleurs que ces changements se produisent sans modifications notables des marqueurs de l’appétit. Mine de rien, cette découverte apporte de l’eau au moulin en ce qui a trait à la lutte contre l’épidémie d’obésité qui sévit actuellement en Occident.

Au final, la kinésiologue est catégorique : « Si vous entamez de longues études universitaires, vous êtes mieux d’avoir de bonnes habitudes de vie pour contrebalancer leurs effets potentiellement négatifs sur votre santé. »