Le 28 octobre dernier, en plein soir d’élections au Brésil, Gabriela Barsaglini était au cinéma. Après son film, elle entend des cris de joie. Ceux-ci viennent des partisans qui célèbrent la victoire du nouveau président Jair Bolsonaro. Deux sentiments ont remonté en elle : la peur et la déception de voir son pays élire un politicien populiste de l’extrême droite, qui sera au pouvoir pendant 4 ans.

Ces sentiments sont partagés avec Diana (nom fictif), qui exprimait sa peur le lendemain de l’élection avec ses collègues et amis sur les réseaux sociaux. Pour plusieurs brésiliens et brésiliennes, c’est une des journées des plus tristes.

Bolsonaro, politicien âgé de 63 ans, a gagné les élections avec 55% des voix, alors que son opposant de gauche, Fernando Haddad, du Parti des Travailleurs (PT), remporte 45% des voix du suffrage.

Ras-le-bol de la gauche et la classe politique

Gabriela Barsaglini tente toujours de comprendre cette élection une semaine plus tard : « J’ai même des amis et des membres de ma famille proche qui ont voté pour lui, je crois que notre peuple était fatigué de la gauche, mais avant tout de la corruption ». Il est important de mettre en contexte le climat politique du Brésil, pays ayant vécu plusieurs scandales de corruption venant de ses partis de gauche.

La victoire de Bolsonaro serait ainsi le résultat d’une crise morale, politique et économique. L’année dernière, l’ex-président, Lula, a été emprisonné pour corruption et son successeur, Dilma Roussef, a été destitué en 2016. Le cynisme ne cessant d’augmenter face à la classe politique comme partout à l’Ouest, Bolsonaro aurait réussi à incarner « l’homme de changement » et « le rejet des politiques et de la politique », comme cite le politologue Gaspard Estrada, directeur de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, dans un article de France info.

Bien que les Brésiliennes et Brésiliens ont voté démocratiquement, les pouvoirs du lobby ont eu un impact considérable dans l’élection de Jair Bolsonaro. Le spécialiste Stéphane Witkowski, de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine affirme que les Lobbys «les plus puissants dans le pays le soutiennent : l’agro-business et les évangélistes et donc suivent la lignée du nouveau président. »

Les changements de Bolsonaro

Le nouveau président brésilien souhaite apporter de nombreux changements qui, selon certains, pourraient faire reculer le pays. Le Washington Post a publié les principaux changements que compte apporter Bolsonaro, qui semblent particulièrement inquiétants pour les militants des droits humains et environnementaux.

Sur le plan environnemental, le président s’ouvre à la déforestation et aux exploitations minières. De plus, il souhaite suivre le président américain et se retirer de l’Accord de Paris. En conséquence, les peuples autochtones seront touchés, mais Bolsonaro exprime son désaccord sur les privilèges autochtones et déclare qu’il n’y aura aucun centimètre démarqué pour ces peuples, jugeant qu’ils ne sont « pas éduqués, sentent mauvais et ne parle pas notre langue de toute façon».

De plus, il souhaite laisser aux autorités la liberté d’utiliser la force, tout en offrant plus de protections aux policiers. Selon lui, les policiers qui tuent des «bums» devraient être célébrés. En conséquence, les militants sont terrifiés à l’idée d’avoir plus de victimes innocentes.

Quant à la politique étrangère, Bolsonaro suit les actions de Donald Trump, notamment en souhaitant des accords bilatéraux et plus particulièrement, avec le déplacement de l’ambassade brésilienne de Tel-Aviv à Jérusalem. Les relations avec le reste de l’Amérique du Sud sont d’autant plus inquiétantes, entre autres parce qu’il souhaite renforcer la relation avec le Venezuela, son pays voisin. Il a également suggéré de placer les Vénézuéliens fuyant le chaos de leur pays dans des camps de réfugiés.

Voter démocratiquement pour le moins de démocratie? 

Le Brésil souhaitait un changement drastique pour donner suite à plusieurs années de corruption venant de la classe politique. Cependant, ils ont élu un président « nostalgique » de l’ancienne dictature brésilienne.

Dans le journal du Devoir du 29 octobre, les codirecteurs du Réseau d’études latino-américaines de Montréal, Françoise Montambeault et Jean-François Mayer, expliquent leur inquiétude en soulignant que cette élection est un danger pour la démocratie, la jugeant comme étant « un réel danger », « une dérive ».

Les prochaines années seront déterminantes pour le Brésil. Mais Gabriela, tout comme Diana, les deux jeunes femmes qui ont été interviewées, gardent espoir. « J’ai confiance en ma génération et à notre résilience face à ce gouvernement », exprime madame Barsaglini.