« Ce qui nous manque, c’est de mettre dans une même pièce des personnes dont les idées s’opposent radicalement ou en partie ». C’est justement pour remettre la joute oratoire à l’honneur que Daphnée Savoie, organisatrice des Débats de la pomme, a convié orateurs et étudiants, lundi 1er décembre, à débattre autour de la thématique « Évolution, involution : penser le transhumanisme ».

L’événement a commencé par une brève présentation des thèses respectives de chaque orateur. Pour Kiven Poirier Fontaine, étudiant à la maîtrise en philosophie, le transhumanisme pourrait favoriser les clivages socio-économiques. En effet, seuls les plus nantis pourraient se pourvoir de ces nouvelles technologies. C’est ainsi qu’il a intitulé son exposé : « Le transhumanisme, un danger de cristallisation du malheur social ». Laurence Trudel, également étudiante à la maîtrise en philosophie, a elle aussi émis une critique vis-à-vis de ce but ultime de l’homme parfait, en insistant sur la « mécompréhension de la génétique ».

Dominique Pothier, finissant au baccalauréat en sciences logicielles, a quant à lui tranché avec ses deux compétiteurs en soulignant les bienfaits de ce projet qu’il qualifie d’optimiste et qui, selon lui, pourrait contribuer à « pallier certaines faiblesses ». Il voit d’ailleurs le transhumanisme comme un « appel à la redéfinition de l’être humain ».

En plus d’insister sur le fait que ce débat est une « très bonne initiative », Dominique Pothier, le vainqueur du débat, a confié qu’il portait un intérêt particulier à cette question du transhumanisme dont « on ne parle pas assez. Or, ce n’est pas un sujet à négliger dans la mesure où les technologies vont induire un changement majeur dans notre manière vivre ensemble. »

Ramener le débat à l’université…

C’est avant tout un certain goût pour l’art oratoire qui animait ces orateurs en herbe. « C’est la première année que l’on a la possibilité de débattre avec des personnes d’autres facultés », s’est réjouie Laurence Trudel, qui s’est dite très satisfaite du projet. En effet, si l’Université Laval offre des colloques ou des conférences, rares sont les débats au sein de la communauté universitaire.

Kiven Poirier Fontaine enchaîne sur le fait que « les débats sont quelque chose qui manquent à la société. Souvent le milieu facultaire est déconnecté de la vraie vie. Les gens s’enferment dans leurs domaines et il s’agit de sujets qui touchent tout le monde. Le côté multidisciplinaire donne la chance à des gens de prendre position publiquement, chose que l’on ne fait pas assez souvent. Cela permet de se poser des questions essentielles qui ne se posent pas dans la routine quotidienne. »

C’était d’ailleurs l’objectif de Daphnée Savoie, l’organisatrice de ces débats : « Si ce projet a initialement une forte racine philosophique, pourtant c’est quelque chose auquel tout le monde devrait être interpelé. »

… et dans la société

À travers ces Débats de la pomme, Daphnée a voulu « valoriser la formation du jugement chez l’individu […]. Cela permet le développement de la pensée, la remise en question, le progrès de l’opinion grâce à la critique d’autrui. En effet, pour être réellement capable de maîtriser son propre point de vue, il faut être en mesure de sonder toute la profondeur du parti adverse. »

Selon elle, « de nos jours, on a tendance à déshumaniser les questions proprement humaines. Les personnes cachent cet aspect normatif derrière un voile d’objectivité, de neutralité, scientifique. » Or pour cette dernière « ce qui est bien dans les débats, c’est le fait que les gens puissent exprimer des convictions personnelles, tout en étant réceptif à des vues divergentes. »