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L’édition québécoise en entrevue #2 : Noeuds Éditions avec Jess Roy

Cet été, Impact Campus vous propose de venir découvrir le paysage éditorial québécois dans une série d’entrevues avec des éditeurices engagé.es et soigné.es, au cœur du milieu littéraire de la province. Aujourd’hui, on discute avec Jess Roy de Noeuds Édition.

Par Léann Laquerre, chef aux Arts

 

Quelle est l’histoire d’un livre que vous avez publié?

En 2014, j’ai commencé à m’impliquer avec le collectif du Zine L’Attaque, édité par la Coopérative Coup d’Griffe et ses complices. À partir du no. 8, j’ai fait partie du comité de sélection des textes. J’avais eu l’idée (que je trouvais bonne sur le coup) de donner une réponse critique à toutes les personnes qui avaient soumis un texte, en leur spécifiant les forces et les faiblesses de leur texte, et en leur expliquant pourquoi leur texte avait été retenu ou refusé. Ça a TRÈS mal passé auprès des personnes refusées… sauf une autrice : Camille C. Belzile. Camille a reçu la critique, l’a intégrée à sa démarche d’écriture et est revenue vers moi quelques années plus tard avec le manuscrit de son roman Dans le sillage de Sagana qu’on a publié en 2019.

 

Comment définissez-vous le travail d’édition, autant dans le processus de création d’un livre, que dans l’accompagnement des auteurices et dans le milieu littéraire?

Je travaille le plus possible en horizontalité avec les auteurices : ielles conservent le contrôle sur le texte, mes commentaires ne sont que des suggestions. J’implique aussi l’auteurice dans la conception de l’objet-livre. On brainstorme ensemble de l’image qu’on veut projeter avec la couverture, des artistes qu’on aime et de la forme physique que prendra le texte.

Dans son roman, Camille explore les thématiques de relations à l’Autre, mais aussi de nos relations avec nos mères. C’est un texte vulnérable et beau. J’ai essayé d’accompagner Camille avec douceur en tenant compte de la sensibilité des sujets qu’elle aborde. J’essaie d’aider les auteurices à naviguer entre conserver l’authenticité du texte, assurer la compréhension des lecteurices, et prendre en compte le contexte social et culturel dans lequel le texte sera lu. 

Mon approche de l’édition est grandement inspirée de ma pratique du zine. La création d’un livre est évolutive et je suis d’avis que l’objet-livre doit être une continuité du texte.

 

Quel serait un aspect insoupçonné de votre profession?

En 2025, j’ai fait un atelier de création avec un groupe d’auteurices dans le cadre de la Retraite d’écriture féministe à Salon58/Mandoline Hybride. Les auteurices étaient invité·es à mettre en page un texte qu’ielles avaient écrit durant la retraite… et pour plusieurs ça a été un gros challenge, mais aussi une belle découverte. Souvent les auteurices pensent leur texte en terme de mots, mais pas à la forme physique que prendront ces mots (c’est le travail de l’éditrice et de lae graphiste). Un texte publié dans un livre sera écrit différemment qu’un texte voué à être lu devant public. On peut transmettre plus d’émotions et de rythme qu’on pourrait le croire avec l’enchaînement des paragraphes et des pages.

Je pense que les gens sous-estiment aussi beaucoup le soin qui est mis à assurer la lisibilité du texte, la typographie, les sauts de lignes, le papier, plein d’éléments insoupçonnés qui font qu’on a envie de se plonger dans un texte avant même d’en avoir lu une ligne.

 

Quelle est votre mission d’édition spécifique, ou votre philosophie directrice, dans votre processus de sélection et de publication des textes?

Nœuds Éditions publie des textes écrits par et pour celleux évoluant autour de cercles affinitaires féministes, queers, punks, anarchistes et autres subversifs. Peu importe le style ou la forme. Le rythme de sélection et de publication dépend de ma capacité à titre d’éditrice indépendante à prendre de nouveaux projets. J’essaie d’avoir une belle diversité entre la publication de zines, de projets collectifs ou de collaborations et des livres dans le sens classique du terme.

 

Nœuds Édition a une belle sélection de zines ; comment cette pratique plutôt diy, communautaire et engagée s’est-elle invitée dans votre catalogue?

Les zines ne ce sont pas invités dans le catalogue, le catalogue est une conséquence directe de ma pratique de zinester ! J’ai écrit plusieurs zines et participé à plusieurs zines collectifs et il est venu un moment où j’ai eu envie de travailler sur des projets de plus longue haleine.

Je produis mes livres un peu dans le même état d’esprit que je le fais avec les zines. Mes livres incluent souvent un aspect fait main : une couverture sérigraphiée, un collage, des illustrations…

Le travail d’auteurice est peut-être solitaire, mais celui d’éditrice est très communautaire : je suis entourée d’une multitude de belles personnes, artistes visuel·les, graphistes, correctrices, auteurices, relecteurices, libraires et autres passionné.es qui m’accompagnent dans la création d’un livre. Pour moi faire partie d’une communauté et d’un écosystème est essentiel à la création : le contact avec d’autres créateurices est une source infinie d’inspiration. La communauté me sert aussi de tampon pour tester de nouvelles idées et pour recevoir de la critique empathique avant qu’il ne soit « trop tard », c’est-à-dire avant la sortie d’un livre.

 

Comment fonctionne votre processus de distribution en librairie? 

Pour le moment, la diffusion de mes livres passe à peu près par les mêmes réseaux que la diffusion de mes zines : Expozine, Espace zines au Salon du livre de Montréal, les foires et marchés partout au Québec, le réseau des bibliothèques publiques, la vente en ligne, dont leslibraires.ca et quelques librairies qui prennent de la consigne.

Il est toujours possible de commander les livres auprès de votre libraire préféré, ou de demander à votre bibliothèque locale d’ajouter un de mes livres à leur collection.

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