Lumières et faisceaux | Retour sur le Festival de cinéma 

Jeunesse, identité et avenir étaient les mots d’ordre pour la 15e édition du Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ) qui s’est tenue du 9 au 13 septembre. Et l’on peut dire que c’est mission accomplie pour ce festival maintenant emblématique de la vie culturelle de la Capitale-Nationale. Sur les écrans du complexe Méduse, j’ai pu voir certaines des jeunes voix les plus prometteuses du cinéma.

Par Médéric Trempe, journaliste collaborateur

Une révélation

Ma première expérience au FCVQ (fait surprenant, considérant la cinéphilie mangeuse de chair qui me dévore depuis des années) s’est amorcée avec l’expérimentation d’une forme de cinéma rare et réellement précieuse : un ciné-concert constitué de sept films expérimentaux tournés et projetés en pellicule 16 mm avec un accompagnement musical en direct. 

Cette expérience sensorielle réellement rafraîchissante m’a secoué et a rajeuni le cinéma à mes yeux.  Elle  a semblé redonner de la pureté à un art que j’adore en soulignant sa texture sonore et visuelle primitive. Une texture qui se manifeste dans le son du projecteur qui s’intègre à la bande-son des films, dans la lumière emprisonnée sur le celluloïd et, pour ainsi dire, dans le sentiment du support physique qui, bien qu’il soit populaire en ce moment sous d’autres formes (35 mm, 70 mm, etc.), est rarement présenté dans un contexte aussi épuré qu’il l’était lors de cette soirée. 

Spira films, la coopérative derrière ce projet, a laissé à ses artistes la liberté d’explorer un médium en constant développement qui, comme plusieurs d’entre eux l’ont précisé durant la séance de questions suivant la projection, permet le « laisser-aller ». Le développement des images est plus incertain qu’au numérique : il faut apprendre à filmer avec intention et accepter que la vision ne puisse pas totalement être respectée. 

Il suffit de penser aux films Albédo de Magalie Baribeau-Marchand et Aux antipodes de John Arbour qui ne sont pas sans rappeler les maîtres du cinéma expérimental Stan Brakhage ou Paul Clipson (Arbour se rapprochant énormément du dernier avec sa caméra qui transforme la lumière réfléchie par l’eau en hachures lumineuses) et qui donnent cette impression de voir un film intuitif

Un soulagement 

Samedi 12 septembre, j’ai assisté au premier bloc de projection de la compétition de courts métrages. 

En une phrase : la variété m’a étonné et, ultimement, charmé. 

Je dois admettre avoir eu un scepticisme initial basé sur des expériences passées dans d’autres festivals où les films à l’affiche contenaient des thèmes et esthétiques qui pouvaient dangereusement sembler impersonnels. 

La brochette du FCVQ n’est rien de cela. J’ai pu voir six films avec des identités fortes qui, sans être parfaits, avaient tous un pouvoir évocateur bien propre au court métrage. 

J’ai particulièrement adoré Yégolé, mi amor de Renaud Gélinas qui était le seul documentaire du lot. Véritable carnet de voyage où le documentariste filme ses sujets sur le vif, sans qu’ils ne reconnaissent sa présence, l’œuvre de Gélinas fait un portrait tantôt attendrissant, tantôt profondément existentiel d’une famille mexicaine. Ce qui en découle est un regard hypnotisant, mais surtout, familier sur l’appréhension du quotidien. 

Du côté des films de fiction, il y en avait pour tous les goûts. Un film d’animation argentin mystérieux qui mélange expérience spirituelle et commentaire sur le monde du rave, un film expérimental mettant en scène des fleurs qui brûlent, des récits doux-amers d’adolescents qui brisent les limites de ce que l’on pourrait croire possible pour eux… Et, pour clôturer la représentation, un film assez angoissant qui montre une procédure policière qui s’avère plus compliquée et macabre que prévu.

Une belle expérience

En somme, j’ai pu voir une facette du cinéma qui me semble plus rare, là où expérimentation et intention s’allient avec concision, là où, en rajeunissant le processus et les mots, nous parvenons à mieux déchiffrer les identités qui nous façonnent et leurs futurs envisageables. 

J’ai vu le cinéma à son essentiel et c’était beau.

Des lumières et des faisceaux.

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