L’attentat de la mosquée a été un choc pour toute la ville, et un grave rappel que le terrorisme et la haine n’ont aucune religion. C’est un rappel que nous, les Canadiens, nous devons nous unifier pour propager la paix. Cette attaque vicieuse a aussi montré que la majorité parmi nous sommes pacifiques, tolérants et unis contre l’agressivité. Il fallait faire de grands sacrifices pour cette société pluraliste et pacifique, et il faut en faire plus pour le maintenir.

Après l’attentat, on me demande beaucoup, en tant que représentant d’un organisme musulman, comment on peut avancer après cette tragédie. La solidarité et le support montrés sont encourageants et extrêmement touchants. C’est la preuve que la haine ne peut jamais nous diviser. La prochaine étape est d’accroitre la camaraderie et la paix mutuelle. Nous sommes tous Canadiens et nos valeurs nous relient. Sans doute, nous sommes affligés, mais si nous ne faisons rien, si cette fusillade et les victimes deviennent juste une autre nouvelle, leur mort sera en vain, et rien n’empêchera une autre tragédie. Il faut que nous réfléchissions à comment mieux comprendre les différents groupes autour de nous. N’avons-nous jamais visité une mosquée, une église, une synagogue ? N’avons-nous jamais partagé un repas avec quelqu’un d’une autre origine ? Ça, c’est mon désir pour l’avenir – une société multiculturelle et multiethnique, reliée ensemble et prête à tout moment à se joindre pour le grand bien. C’est quelque chose que nous avons presque accompli, il reste juste un peu d’effort.

Les étudiants sont les leaders de demain et il faut que nous soyons un exemple à suivre. Le suspect est un étudiant, mais malheureusement de mauvaises pensées ont empoisonné son esprit. Au cours des dernières années, les crimes haineux contre les musulmans ont augmenté (le Québec est l’endroit au Canada où cette augmentation est la plus importante selon CBC). Les femmes voilées ont été attaquées, les mosquées ont été vandalisées, et il y a même eu d’autres fusillades. Nous avons tous dénoncé ces actions, mais ce n’est qu’après que les vies aient été perdues que nous avons réagi. Il y a un grand problème à combattre. La communauté que je représente croit fortement qu’il faut essayer de comprendre les autres. C’est un principe partagé par les Canadiens et un principe sur lequel il faut agir pour éviter l’empoisonnement d’un autre individu.

Il y a presque 54 ans que Martin Luther King Jr a livré son discours célèbre, où il a déclaré : « Je rêve que mes quatre enfants petits vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère ».

Depuis les années soixante, nous avons surmonté les montagnes – et la solidarité après l’attentat en est la preuve. Cependant, certaines personnes diront qu’on est train de reculer. Nous sommes chanceux que la haine soit minimale au Canada, mais nous devons lutter pour éliminer toutes idées et tous signes qui défient nos valeurs. La citation de Dr King est encore très pertinente aujourd’hui, sauf que la religion est maintenant incluse. Son discours est très relevant et un rappel pour nous – ceux contre le racisme et la division.

J’ai eu la chance de visiter la grande mosquée après l’attentat. En vérité, c’est la première fois que j’y suis allé et j’aurais aimé que les circonstances soient différentes. Toute ma vie, on m’a enseigné que les mosquées sont les symboles de la paix, ouvertes à tous. J’ai lu, dans le Saint Coran, qu’il faut défendre pas juste soi-même, mais les droits de tous peuples et de toutes religions. Quand j’étais dans la mosquée, au milieu des trous de balle et des taches de sang, je me suis rendu compte de l’importance d’établir les bonnes relations entre les gens. Sinon, rien n’empêchera un autre terroriste de lancer une attaque sur un autre lieu de culte, ou n’importe quel lieu public. J’espère que la solidarité continue, et j’espère de voir la vraie amitié entre tous ceux qui considèrent le Canada et le Québec leur maison. Musulmans, chrétiens, athées, Noires, Blancs, peu importe. D’abord, nous sommes tous humains, et c’est ça qui est le lien le plus fort.