Je croyais avoir vécu le comble du dégoût lors de la soirée électorale. Ma déception était devenue intensément amère après une série de vomissements occasionnée par une surconsommation de jujubes surets à la cerise et de bière cheap de dépanneur limoilousien. Aucune gloire pour mon vote stratégique, la secrétaire incompétente au regard niais reste en poste. Les yeux tout humides, accroupi devant ma bol de toilette, je ne me doutais pas de l’autre déception qui m’attendait.

Non, je n’ai pas vu une autre mère jeter son enfant aux ordures. J’ai vu des décorations de Noël! Merde, tout un balcon recouvert de luminaires colorés aux couleurs de cette fête hivernale. Est-ce qu’un débile heureux a confondu deux fêtes qui ont fort peu en commun? «Des lumières, c’est des lumières», s’est peut-être dit cet excentrique locataire. N’y avait-il pas un voisin bien avisé pour renseigner ce pauvre individu qu’il avait l’air abruti avec ses guirlandes lumineuses à quelques jours de la fête des morts?

C’est la goutte de trop. Je n’aime plus Halloween. Je n’avais rien à cirer de l’aspect commercial de la chose, mais le bas de gamme est rendu trop loin. Il n’y a pas que ce pauvre idiot qui se ridiculise avec ses décorations. Toute une génération de parents s’est passé le mot pour que cette fête soit aussi fade qu’une allée de Wal-Mart. On dirait que la moitié de la population se cache, lumière close, en attendant qu’Halloween passe, tandis que l’autre moitié tente de compenser. Les pierres tombales sont remplacées par des fantômes gonflables avec de grands sourires joyeux, et les décorations faites d’assiettes en carton mal découpées sont remplacées par une armada de bidules «made in china» achetés chez Pharmaprix.

Je me souviens que les ados s’amusaient la nuit d’Halloween à détruire les citrouilles à coups de pied. Courage les jeunes, aujourd’hui vous risquez de vous électrocuter dans ce ramassis de plastiques et de fils électriques. Rien ne sert de se remémorer ce passé glorieux où nos sacs de friandises étaient remplis de papillotes de tire durcie par des années d’attente dans le fond des placards. Maintenant, ce sont de véritables barres de chocolat, des sacs de croustilles et des friandises dignes de Poudlard auxquels les jeunes ont droit!

Le jour d’Halloween, les costumes se doivent d’être moches, c’est une fête sensée faire peur aux mauvais esprits. Fini le temps où un ado boutonneux tout humide de sébum cognait à votre porte avec une perruque bleue et le manteau de cuir à franges de maman, incapable de dire en quoi il est déguisé. Maintenant, les costumes des jeunes adolescentes semblent venir de La Senza. Infirmière à jupe courte, diablesse au large décolleté et sorcière à porte-jarretelles, encore un autre prétexte à l’hypersexualisation.

Pourquoi je me plains au fait? Les soirées de films d’horreur à s’empiffrer en regardant Nightmare on Elm street ou Vendredi 13 ne sont pas terminés, il y a les soirées électorales!